Rajasunath Gondi
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Directeur des opérations pour les produits d’imagerie interventionnelle, Philips
A l’aube de ses 40 ans, Rajasunath Gondi (MSc SCPM 11) est directeur des opérations pour les produits d’imagerie interventionnelle de Philips à Eindhoven aux Pays-Bas. S’il dirige aujourd’hui 3500 personnes, c’est grâce aux choix audacieux qui ont jalonné son parcours. Alors qu’il disposait d’une situation confortable, il a repris ses études avec le programme commun Politecnico di Milano et Audencia à Nantes.
Cette expérience et son nouveau diplôme lui ont permis de s’envoler pour les Pays-Bas, chez Philips, en 2011. Il y a construit sa vie professionnelle mais aussi personnelle. Son épouse et ses enfants de 1 et 4 ans forment le pilier sur lequel Rajasunath Gondi peut s’appuyer.
Pouvez-vous retracer votre parcours, de l’Inde aux Pays-Bas ?
J’ai grandi au Kerala, dans le sud de l’Inde. Après ma scolarité, j’ai intégré une formation d’ingénieur dans l’un des instituts les plus prestigieux de l’Inde : le NIT Warangal. Cela m’a permis de rejoindre le programme de développement des jeunes diplômés chez Whirlpool, dans l’industrie de l’électroménager. C’était ma première expérience professionnelle. Ensuite, j’ai fait partie de la fusion que nous avons menée. Cela m’a amené à mon premier rôle international et à mon premier voyage à l’étranger.
Après cette expérience, j’ai souhaité m’ouvrir des opportunités professionnelles en suivant un master de management des achats et de la supply chain. Je venais du technique mais j’appréciais les rôles technico-commerciaux. C’est ainsi que j’ai rejoint le programme commun entre le Politecnico di Milano et Audencia à Nantes. Ce fut une expérience formidable : vivre à Milan puis à Nantes. Deux cultures différentes, deux expériences différentes. À Milan, je vivais en résidence étudiante, avec de nombreux étudiants internationaux. Cette expérience m’a enrichi grâce aux différentes cultures et modes de vie rencontrés. À Nantes, je vivais chez une professeure d’anglais qui accueillait des étudiants. Elle a été formidable. Elle m’a aidé à trouver ma place en tant qu’étudiant non francophone. En sortant d’Audencia, j’ai trouvé une mission chez Valeo à Paris. Puis, l’opportunité Philips est arrivée très peu de temps après. J’ai reçu la lettre d’offre de Philips me demandant de rejoindre les Pays-Bas le 11 mai 2011. Et depuis 15 ans, mon parcours se fait avec eux.
Y a-t-il une décision qui a particulièrement façonné votre parcours ?
Chaque jour, vous prenez des décisions et chaque parcours est porteur d’apprentissage. Mais j’ai toujours pensé que le premier mouvement que vous faites est le plus important pour votre confiance.
Donc, pour moi, la plus grande décision que j’ai prise a été de revenir vers les études alors que ma carrière chez Whirlpool se portait très bien. Le fait de passer d’une situation où je gagnais très bien ma vie à la reprise d’études m’a beaucoup façonné comme personne.
Quel souvenir gardez-vous de votre arrivée en Europe ?
C’était en 2010. J’ai atterri un dimanche, tôt le matin, à l’aéroport de Milan Malpensa. Il faisait froid. A l’époque, je ne savais pas encore que tout était fermé le dimanche. Sortir de l’aéroport, prendre le tram puis marcher dans le froid pour trouver l’hôtel… Il était 7h du matin et les rues étaient désertes. Je n’avais personne à qui demander mon chemin. Ce fût une véritable expérience et une leçon d’humilité : désormais j’étais seul. En Inde, il y a des gens avec qui l’on peut communiquer à n’importe quel moment de la journée. En Europe, les gens parlent seulement s’il y a une raison. Quand j’y repense, c’était une très bonne première expérience.
Que vous a apporté le master suivi à Politecnico et Audencia ?
La formation correspond à ce que je fais aujourd’hui. Je suis dans les opérations, et le cœur de mon métier, c’est la supply chain, les achats et la fabrication. J’ai approfondi une grande partie de mes connaissances pendant mon master. C’est le socle sur lequel j’ai construit ma carrière.
Et j’ai aussi élargi mon horizon grâce aux rencontres de personnes différentes : plus expérimentées, avec d’autres cultures ou avec de jeunes étudiants. J’ai conservé une partie de ce réseau aujourd’hui. Il y a quelques temps, j’ai rendu visite à deux amis malaisiens, en Suisse. Nous avons passé quelques jours ensemble. Quand l’occasion se présente, nous essayons de nous retrouver. Et puis il y a aussi le réseau Alumni Audencia. Quand il y a des salons ou d’autres événements, quand il y a des opportunités professionnelles, il y a une communication active. Et ici, aux Pays-Bas, il existe un groupe d’Alumni Audencia Netherlands où il y a beaucoup d’informations qui circulent. Ces relations sont très riches parce qu’elles continuent avec le temps. On n’a pas besoin de parler tous les jours, mais quand il y a une opportunité ou une nécessité, on peut compter sur ce terrain commun.
Vous êtes directeur des opérations pour la gamme d’imagerie interventionnelle de Philips (IGT Systems). Pouvez-vous nous expliquer cette activité et votre rôle ?
Cette activité, destinée à un public médical, est en croissance chez Philips. Nous avons plusieurs sites de fabrication pour nos systèmes d’imagerie interventionnelles. Nous avons des clients dans plus de 200 pays et nous sommes leaders du marché. A chaque seconde, nous aidons à sauver ou à traiter un patient.
À mon échelle, au niveau mondial, je suis responsable de plus de 3 500 personnes. Je suis responsable de la stratégie et de l’exécution de bout en bout pour l’activité IGT Systems. Je supervise les achats, la planification, la fabrication, la livraison, l’installation et le service client. Je mène une transformation mondiale visant à renforcer l’agilité, la résilience et la compétitivité des coûts grâce à l’excellence opérationnelle, à l’innovation digitale et à l’optimisation du réseau. Je pilote la croissance de l’activité en alignant la performance commerciale et celle de la chaîne d’approvisionnement, tout en développant des modèles d’économie circulaire et des partenariats stratégiques au sein de la chaîne de valeur. L’objectif est d’améliorer les résultats pour les clients et les patients. Donc il y a une vraie dimension de création de valeur dans le travail que je fais. Mais il y a encore beaucoup à apprendre, car il y a une grande disruption technologique qui arrive avec l’IA, avec la vitesse d’innovation qui va remodeler l’avenir. Cela me rend curieux et enthousiaste pour l’avenir.
Quelles sont les compétences clés sur lesquelles vous vous appuyez ?
Chaque jour vous apprenez et vous évoluez en tant que personne. L’un de mes points forts est ma capacité à décider sans avoir besoin de données parfaites. Je pense que c’est une bonne compétence.
J’ai aussi une vision de là où nous devons aller. Quand vous apportez cette boussole au travail, avec de bonnes compétences de communication – c’est un point sur lequel que j’ai encore des choses à apprendre -, quand vous arrivez avec de la résilience et que vous pouvez montrer l’exemple dans la prise de décision, vous ne laissez pas l’ambiguïté faire dérailler l’objectif.
La technologie est en train de bouleverser les choses, donc le travail que j’ai appris pendant les quinze dernières années ne sera certainement pas le travail que je ferai dans les 12, 24 ou 36 prochains mois. Cette adaptabilité, qu’elle soit culturelle ou technologique, est une autre qualité vertueuse dans une période où le futur s’écrit à grande vitesse.

Comment voyez-vous les grands défis des prochaines années dans votre métier ?
Je dirais davantage que ce sont des opportunités que nous allons devoir construire. Le monde est devenu beaucoup plus fragmenté. L’époque où l’on pouvait avoir un guichet unique mondial pour les solutions est révolue. Je crois fortement que nous sommes dans un monde régionalisé. Nous serons beaucoup plus proches du client dans notre façon d’opérer.
Et la deuxième chose à laquelle je crois fortement, c’est qu’il y a une disruption technologique – pas seulement l’IA -, et surtout une grande vitesse de disruption que nous devons suivre. La résilience et l’agilité de chaque leader seront mise au défi. Notre rôle, c’est de transformer le défi en opportunité. Les supply chains résilientes, qui ont le bon produit au bon endroit dans une dynamique mondiale, auront la proposition gagnante.
Comment décririez-vous la culture de travail néerlandaise ?
Elle est fondée sur une culture du consensus. Cela veut dire qu’il y a beaucoup plus de conversations, beaucoup plus de travail préparatoire, et cela prend plus de temps pour prendre une décision.
Mais c’est aussi la beauté de cette culture. Une fois que vous la comprenez, vous pouvez naviguer avec la vélocité attendue par les résultats ou par les exigences du poste. Il faut s’adapter. Vous pouvez par exemple préciser dans l’invitation si c’est pour une réunion de décision ou d’information. Mais la culture est aussi très ouverte et directe aux Pays-Bas et chez Philips. Cela veut aussi dire que vous pouvez être explicite sur les objectifs attendus et les délais. J’ai appris à m’adapter aux particularités de l’endroit où je vis.
Et finalement, le change management devient beaucoup plus facile parce que vous avez écouté tout le monde. Vous avez eu le consensus. Parfois la décision prend plus de temps, mais l’exécution va plus vite. C’est un compromis qui fonctionne.
Vous parlez d’adaptabilité. Pensez-vous que vos rencontres avec différentes cultures vous ont aidé ?
Je crois sincèrement que la curiosité de l’individu joue un rôle. Bien sûr, l’expérience et l’exposition à différentes cultures facilitent le fait de comprendre et d’être compris. Tout tourne autour de la communication, que ce soit le langage du corps ou la parole.
Rien qu’en France, entre Nantes et Paris, on voit une grande différence dans la manière dont les gens vous abordent, vous aident. Cette capacité à comprendre, à vous adapter, puis à être compris culturellement, évolue avec chaque expérience. J’ai beaucoup voyagé depuis que j’ai rejoint Philips, que ce soit en Chine, au Costa Rica, en Indonésie, en Inde, à travers l’Europe… Et chaque expérience vous apprend quelque chose de nouveau sur le pays mais aussi sur vous-même.
Comment avez-vous construit votre réseau personnel aux Pays-Bas ?
Les Pays-Bas sont un pays très accueillant et la culture consiste justement à embrasser les différences. Donc c’est une belle histoire que je vis aux Pays-Bas. Du point de vue du travail, c’est très professionnel. A travers toutes les collaborations et tout le travail d’équipe, vous construisez une bonne crédibilité et de bonnes relations.
Les expériences personnelles, quant à elles, sont assez uniques. Il y a d’abord l’attraction naturelle vers la communauté indienne, présente dans la région d’Eindhoven. Le deuxième réseau est lié à la culture internationale qui fait partie des Pays-Bas. Et le troisième, ce sont les collègues locaux qui sont devenus des amis. C’est le plus difficile, parce qu’ils ont déjà leur propre cercle d’amis, construit depuis leur jeune âge. Donc il a fallu beaucoup de temps pour trouver la zone de confort, pour franchir la frontière entre la relation professionnelle et un cercle d’amitié plus personnel. Mais j’apprécie chacune de ces expériences personnelles. Elles ont toutes a une grande valeur.
Comment vivez-vous au quotidien, entre votre culture d’origine et la culture néerlandaise ?
Ma femme est, elle aussi, d’origine indienne. Nous essayons de préserver ce que nous sommes à l’origine, tout en nous adaptant au pays dans lequel nous vivons. Nous gardons beaucoup notre culture à la maison. Nous parlons le Telugu, nous célébrons les fêtes indiennes. Mais nous célébrons aussi le King’s Day ou Pâques. Notre fils de 4 ans nous explique ce qui se passe ici pendant ces journées-là, simplement à travers ce qu’il vit en classe.
Ce que j’ai adopté dans la culture Néerlandaise, c’est le fait d’être ouvert, transparent et direct. Je pourrais probablement trouver cela difficile si je retournais vivre en Inde, où il y a beaucoup plus de subtilité et de diplomatie à pratiquer. J’apprécie vraiment cette partie de la culture parce qu’elle correspond aussi à ma personnalité.
Est-ce difficile de vivre loin de ses racines ?
Est-ce que l’Inde me manque ? Absolument. Le soutien familial me manque. Mes parents, ma sœur et sa famille me manquent. J’aimerais partager davantage de moments avec eux. Nous essayons de maximiser toutes les occasions possibles, soit pour aller les voir, soit pour qu’ils viennent nous voir. Mais c’est un choix de vie que j’ai fait et je l’assume pleinement.
A quoi ressemble votre temps libre ?
J’essaie de passer beaucoup de temps avec mes enfants. Ils sont jeunes et me transmettent leur énergie. J’aime aller faire du vélo avec eux ou simplement être avec eux quand ils jouent dans le jardin. L’énergie de ma famille, de ma femme et de mes deux enfants, ainsi que la bénédiction de mes parents, me montrent que je suis chanceux et privilégié. De mon côté, je continue aussi à faire du sport.
J’aime aussi prendre un café et partager du temps avec mes amis. Dans la culture indienne, on n’a pas besoin de rendez-vous pour aller dîner chez quelqu’un. Donc nous passons et nous profitons simplement de ces moments.