Adelyne Cazot

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Adelyne Cazot
ABM 2009
Paris

Global Digital Experience & Strategy Lead (Jean Paul Gaultier & Rabanne) , Puig

« Très tôt, j’ai eu ce besoin de mouvement, cette attirance pour les grandes villes, cette fascination pour l’univers de la mode et de la beauté ».

Diplômée du Bachelor d’Audencia en 2009, Adelyne Cazot, 39 ans, affiche un parcours marqué par une détermination sans faille. Des grandes agences de publicité jusqu’aux maisons mondialement reconnues comme Lacoste ou le groupe de cosmétiques Puig, elle a su transformer ses appétences pour la gestion de projet, la communication et le digital en une véritable expertise.

Aujourd’hui, tout en poursuivant sa carrière dans l’univers du luxe et des grandes marques, Adelyne s’engage pour l’ascension professionnelle des femmes en lançant la Rise Society, un réseau dédié aux femmes middle managers du marketing, du digital et de la communication.

Rencontre avec une communicante qui croit dur comme fer à la constance dans l’ambition, à la puissance du réseau et à la sororité.

Adelyne, vous êtes originaire de Bretagne, mais votre histoire personnelle porte dès le départ une dimension internationale. Pouvez-vous nous parler de vos racines ?

J’ai grandi à Gomené, une petite commune des Côtes-d’Armor, au centre de la Bretagne. Mais mon identité est plurielle : je suis une bretonne née au Brésil, à Fortaleza, où j’ai été adoptée par mes parents alors que j’étais encore bébé. Cette dualité a toujours été au cœur de mon histoire. J’ai un frère et une sœur, également adoptés, le premier au Brésil aussi, la seconde au Vietnam. Mes parents nous ont toujours parlé de nos origines avec beaucoup de naturel. Mon père a fait carrière dans l’agriculture, à la tête d’une exploitation importante. Ma mère l’aidait sur la partie administrative. Ils étaient dotés d’une grande modernité, d’une ouverture sur le monde et d’un esprit d’entreprise très marqué sans lesquels je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui.

Malgré ce cadre agricole que vous admiriez, pour quelles raisons avez-vous su très tôt que vous n’y resteriez pas ?

J’ai grandi à proximité des fermes d’élevage. J’y ai travaillé parfois, mais je sentais que ma place d’adulte serait ailleurs. J’ai ressenti une attirance précoce pour les grandes villes. Dès le collège, je m’intéressais aux tendances et à la mode. J’aimais me démarquer, affirmer une certaine singularité. Si j’ai une immense fierté pour ce que mes parents ont construit, je savais que ma propre histoire s’écrirait ailleurs et dans un autre univers professionnel. Ma mère s’en souvient encore : au collège, me dit-elle, je ne parlais que de L’Oréal pour les cosmétiques, ou de Chanel et Dior pour le luxe ! Ce qui m’attirait, c’était la puissance du storytelling et l’image que ces marques véhiculaient à mes yeux. Dès l’adolescence, j’ai eu pour ambition d’y travailler. Par ailleurs, au lycée, je dessinais, je peignais, j’avais une certaine appétence pour les activités artistiques.

En 2006, vous intégrez l’EAC, l’École Atlantique de Commerce de Nantes, désormais le Bachelor d’Audencia. Pourquoi choisissez-vous cette école ?

Le déclic est venu d’une amie qui avait intégré l’EAC. Elle me racontait la richesse des enseignements, la possibilité de toucher le monde professionnel via les stages, et surtout son séjour aux États-Unis qui me faisait rêver. J’ai passé les concours et j’ai été admise. Au tout début, j’ai vécu un peu un choc des cultures en côtoyant des étudiants qui venaient d’horizons divers. Mais c’était très enrichissant : très vite j’ai rencontré des personnes avec qui j’ai construit de belles amitiés et dont je suis toujours très proche aujourd’hui. Sur le plan pédagogique, j’ai été marquée par la qualité des intervenants qui venaient avec un bagage précis, des exemples concrets, et qui nous obligeaient à nous projeter dans des métiers réels.

Vous aviez toujours en tête de travailler pour des noms iconiques de la mode et du luxe, comme L’Oréal ou Chanel ?

Oui, plus que jamais. À l’EAC, j’ai développé en particulier mes compétences en gestion de projet. J’aimais déjà beaucoup organiser des évènements et cela s’est amplifié. J’étais toujours à l’oeuvre pour organiser des fêtes, trouver des lieux, des traiteurs, anticiper chaque détail pour créer des moments de rencontre. Je voulais marier cette rigueur opérationnelle à l’élégance du luxe. Si mes premiers stages ne m’ont pas permis d’approcher cet univers ou les grandes agences de publicité parisiennes comme je l’aurais souhaité, j’ai cependant réussi à faire mes premières armes dans l’événementiel dans un secteur pointu, celui des jeux vidéo, à Paris.

Votre parcours pédagogique a été marqué par une expérience forte aux États-Unis. Que vous a-t-elle apporté ?

Je suis partie six mois en Virginie, à l’université de Shenandoah. À 21 ans, vivre l’expérience du campus américain, s’intégrer dans l’équipe de soccer, découvrir l’autonomie loin de tout, c’était grisant. J’étais assez proche de New York pour y faire des séjours réguliers et m’imprégner de l’énergie de la ville. En troisième année, j’ai complété ce parcours par un stage en marketing chez AXA à Barcelone. Travailler dans un environnement aussi structuré, même si ce n’était pas celui de la mode ou du luxe, m’a permis d’appréhender les rouages d’une très grande entreprise internationale.

Après le Bachelor d’Audencia, vous décidez de poursuivre par un Master Grandes Écoles à l’Inseec. Pourquoi ce choix ?

Je ne me sentais pas encore tout à fait prête à affronter le marché du travail. J’avais l’impression que mes stages ne m’avaient pas encore donné les clés pour accéder aux postes de mes rêves. Je sentais qu’il fallait que j’approfondisse mes connaissances. J’ai donc opté pour un Master en Business et Marketing. J’ai effectué mon stage de fin d’études chez Publicis, sur le compte Renault. Travailler avec des créatifs, gérer la relation client sur différents canaux de communication, c’était exactement ce que je cherchais.

Votre entrée dans la vie active se fait par la grande porte de la publicité, chez Fred & Farid…

Une fois diplômée, après un peu d’intérim, l’agence Fred & Farid m’a proposé une mission qui s’est vite transformée en CDI. C’était l’agence de pub du moment à Paris, celle qui remportait tous les prix et qui faisait rêver toute la profession. On était une équipe jeune, on vivait pour l’agence, on sortait ensemble… on avait cette envie commune de créer des choses inédites. J’ai assisté aux prémices de la révolution digitale et travaillé pour des comptes comme Guerlain, Etam, Diesel ou Cacharel, c’est-à-dire, pour ces deux dernières marques, pour L’Oréal… Je touchais du doigt un rêve qui remontait à loin !

C’est là que vous prenez conscience que le digital sera votre terrain de jeu ?

Totalement. Le digital me fascinait car il est en perpétuelle mutation. On ne s’ennuie jamais, il y a toujours de nouvelles idées à aller chercher. Je n’avais pas été formée spécifiquement à cela, mais j’ai appris sur le terrain en intégrant le département digital de l’agence. Un de mes moments forts a été la réalisation des live streamings pour les shows Etam. C’était une révolution à l’époque et une révélation pour moi. Je suis restée trois ans chez Fred & Farid, à un rythme effréné. J’ai tellement appris…

Après un passage dans l’agence de publicité McCann, vous franchissez le pas vers l’annonceur, en l’occurence le groupe Accor. Est-ce un besoin de stabilité ?

Chez McCann, je travaillais sur des campagnes mondiales de Nespresso Worldwide, notamment celle que tout le monde connaît, avec George Clooney. C’était passionnant, mais quand Nespresso a décidé de changer d’agence, j’en ai profité pour me remettre en question et tenter d’ouvrir une nouvelle page dans ma carrière en rejoignant une marque. Ce n’était pas tant la stabilité qui m’y poussait que ce besoin, que j’éprouvais depuis longtemps, de construire un discours sur la durée par affection pour l’identité d’une maison. Le monde des agences est une école incroyable mais je ne me voyais pas y faire toute ma carrière. J’ai rejoint le groupe Accor pour m’occuper de marques de luxe comme Fairmont, Raffles ou Sofitel. C’était une étape clé pour obtenir cette « étiquette » luxe dans un grand groupe international. J’y ai appris à travailler en transverse avec de nombreux départements, dans un environnement aux process plus stables et plus prégnants.

Puis arrive Lacoste. Diriez-vous que votre carrière prend alors une dimension stratégique majeure ?

J’avais 30 ans et toujours cette attirance pour le monde de la mode. J’ai vu une annonce chez Lacoste qui semblait écrite pour moi. J’ai été recrutée pour une création de poste au marketing digital. La marque devait alors lancer son premier site e-commerce et il fallait faire le pont entre l’équipe digitale business et l’équipe marketing qui ne parlaient pas le même langage. J’ai posé les bases du branding digital, fluidifié les process et élevé le niveau de communication sur les canaux numériques. Huit mois plus tard, j’étais nommée manager pour recruter et diriger ma propre équipe de brand digitaux managers. J’ai orchestré l’écosystème digital global de Lacoste, où j’ai pu fusionner avec succès la vision créative et la performance business. Alors oui, en tant que Global Head of Marketing & Branding Digital chez Lacoste, ma trajectoire prenait un virage important.

Vous y êtes restée huit ans. Mais le départ n’a pas été facile…

À mon retour de congé maternité pour mon second enfant, cela ne s’est pas passé comme prévu et j’ai décidé de partir. J’ai vite rebondi dans l’industrie de la musique, chez Believe. Travailler sur la notoriété de la marque à 360 était intéressant, mais je me suis aperçue que les problématiques B2B et le produit lui-même ne me passionnaient pas. Cela a pourtant été une période de reconstruction et de transition nécessaire. Cette expérience m’a permise de comprendre que j’ai à cœur d’évoluer dans un univers où les marques dégagent une véritable aura, où le storytelling est structurant et où la créativité s’exprime jusque dans les expériences digitales. C’est ce qui me pousse, assez naturellement, à me projeter dans le secteur des cosmétiques, en parfaite résonance avec ces aspirations.

Aujourd’hui, vous entamez une nouvelle aventure chez Puig. Quels sont vos projets ?

J’ai rejoint pour un temps ce groupe espagnol de cosmétiques pour gérer l’expérience digitale globale de marques prestigieuses comme Jean Paul Gaultier et Rabanne. C’est une porte d’entrée stimulante dans ce secteur. Pour l’instant, je me concentre sur les plateformes digitales, mais mon ambition est de revenir rapidement vers le branding et la communication pure. Je sens que les choses avancent dans le bon sens, j’élargis mon réseau et je suis convaincue que je vais atteindre mes objectifs.

C’est aussi pour aider les autres femmes à atteindre leurs objectifs que vous avez créé la Rise Society, un club pour les femmes leaders en devenir ?

Tout à fait. C’est un projet qui me tient à cœur depuis longtemps. Arriver là où on veut n’est jamais simple, surtout quand on est une femme. Nous avons tendance à nous dévaloriser et à nous interdire de postuler si nous ne cochons pas 100 % des cases. J’ai remarqué qu’il existait beaucoup de clubs pour les entrepreneuses ou les dirigeantes du top exécutif, mais rien pour les femmes middle managers dans le marketing, le digital et la communication. Elles sont souvent très investies dans leur travail et ne prennent pas le temps de se nourrir d’autres expériences. La Rise Society est un espace de sororité pour échanger, partager des thématiques quotidiennes et s’inspirer de parcours de personnes qui ont réussi. Le but est de créer des liens solides pour s’élever ensemble, prendre confiance et oser viser plus haut. Le sondage que j’ai réalisé sur Linkedin a confirmé un intérêt massif.

Pour finir, quel regard portez-vous sur cet équilibre entre votre vie de maman de deux enfants et votre carrière ?

Mes enfants ont aujourd’hui 7 ans et 3 ans et demi. C’est un défi quotidien, mais c’est aussi ce qui me motive à construire un environnement professionnel plus juste et plus solidaire. J’ai eu la chance d’avoir une maman disponible qui m’a toujours accompagnée dans mes passions. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles la résilience et l’ambition font partie de moi. J’ai confiance en mon avenir professionnel et sur le fait d’atteindre mes objectifs. Je sais où j’ai envie d’aller et je mets tout en oeuvre pour y parvenir. Je veux transmettre cette énergie à mes enfants et leur montrer qu’on peut s’épanouir dans une carrière que l’on a choisie. L’année prochaine, j’ai pour projet de les emmener au Brésil pour leur faire découvrir une partie de leurs origines. C’est une manière de boucler la boucle et de leur transmettre cet héritage fait d’ouverture sur le monde.

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