Régis Massuyeau
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Group CFO Savencia
Cadre financier dans le secteur des biens de consommation, Régis Massuyeau a exercé plusieurs fonctions au sein de grands groupes internationaux, notamment Coca-Cola et Danone.
Depuis 2023, il occupe le poste de directeur financier du groupe Savencia, leader mondial des produits et ingrédients laitiers ainsi que du chocolat. Une carrière qui s’est construite pas à pas, au gré de rencontres inspirantes et d’opportunités en France et à l’international.
Dans quel environnement professionnel avez-vous grandi et adolescent, est-ce que vous vous projetiez dans un métier particulier ?
Adolescent, je n’avais aucune idée de ce que je ferai de ma vie professionnelle ! Mon père était militaire et j’ai grandi dans ce milieu, très fermé, sans être exposé au monde économique. En revanche, j’ai su assez jeune que je ne voulais pas intégrer l’armée car ce n’était pas une vocation. J’aime l’idée de servir mais pas de cette façon-là.
J’ai alors suivi le conseil du proviseur de mon lycée d’intégrer la classe préparatoire Sainte-Geneviève à Versailles pour préparer le concours des grandes écoles de commerce.
Sur quels critères avez-vous choisi l’école par la suite ?
J’ai opté pour Audencia dont le niveau académique était reconnu car c’était à l’époque une des rares écoles qui proposait un semestre d’études à l’étranger et je rêvais de séjourner aux Etats-Unis. Assez vite, j’ai pris goût aux matières axées sur la finance et je me suis orienté vers la Majeur Controlling & Audit. J’ai fait mon stage de fin d’études chez KPMG et obtenu en parallèle de mon master un DECF (diplôme d’études comptables et financières), devenu depuis DCG.
Pourquoi avoir finalement choisi une autre voie que l’audit ?
Après l’école, j’ai dû faire mon service militaire. À mon retour, un job m’attendait chez KPMG. En réalité, je n’y suis jamais allé. D’abord, mon embauche a été repoussée et avec un prêt étudiant à rembourser, je devais trouver un job en attendant. J’ai décroché un CDD chez Coca-Cola Entreprise pour mettre en place le contrôle de gestion logistique en France. J’y suis finalement resté dix ans. J’ai découvert un environnement où la finance est au service de l’exécution de la stratégie et de l’amélioration de la performance. La dimension très terrain – je passais une partie de ma vie dans les usines, dans les dépôts logistiques – m’a aussi beaucoup plu. Au bout de six mois, j’ai dû faire le choix de faire de l’audit chez KPMG ou de rester à mon poste. J’ai opté pour Coca-Cola, ce qui a vraiment structuré ma carrière par la suite.
À un moment de votre carrière chez Coca, vous êtes muté à Londres. Comment décririez-vous cette expérience ?
On m’a en effet proposé un poste au sein de la Direction Financière Europe à Londres et nous n’avons pas hésité. Mon épouse, également diplômée d’Audencia en 1995, a pu être mutée et nous sommes partis avec notre fils aîné. J’ai été assez rapidement rappelé au siège parisien et cette première expatriation n’a pas duré assez longtemps. Ce fut néanmoins une très belle découverte d’une autre culture, d’une autre façon d’appréhender la vie en général. J’ai adoré cette immersion dans un mode de vie différent du nôtre.
Au bout de dix ans chez Coca, vous partez chez Danone. Pourquoi ce choix ?
J’ai été repéré par un chasseur de têtes. À l’époque – nous sommes en 2008 -, je n’ai aucunement l’intention de partir de Coca-Cola ; tout se passait très bien. Mais autour de moi, on m’invite à considérer l’offre sérieusement. Je rencontre chez Danone des personnes très inspirantes et, par ailleurs, l’entreprise est à l’époque encore organisée en filiale basée sur un modèle très local dans plusieurs lignes métiers. En rejoignant Danone, je comprends que je peux facilement me projeter dans une perspective d’évolution rapide à l’étranger. L’envie de repartir ne nous avait pas quittée avec ma femme.

Comment se sont passées vos années chez Danone ?
J’ai d’abord été recruté au poste de directeur du contrôle de gestion pour la France. La fonction me correspondait en tout point en raison de son aspect très opérationnel – je manageais une trentaine de personnes, une responsabilité que je n’avais pas chez Coca-Cola. C’était challenging intellectuellement. Je découvre, par ailleurs, une magnifique entreprise, à la culture très forte, des marques extraordinaires et des personnes très engagées. Entre Coca-Cola et Danone, les principes de fonctionnement sont radicalement différents mais je me suis rapidement adapté tout en proposant d’autres approches.
Au bout de trois ans à votre poste, vous repartez à Londres. Dans quel cadre ?
On m’a d’abord proposé le Japon, puis l’Afrique du Sud et ce sera finalement Londres où je suis nommé directeur financier de la filiale. Le job est passionnant. Ma femme peut à nouveau garder son emploi et nos enfants – ils ont respectivement 11 et 6 ans – vont réellement s’immerger dans la culture et la vie anglaise. Nous avons trouvé à Londres à ce moment-là un très bon équilibre entre la vie personnelle et professionnelle.
Là encore, l’expérience ne dure pas et vous êtes rappelé à Paris. Pour y occuper quel poste ?
Assez vite, le siège me propose de reprendre la direction de la communication financière du groupe. J’ai accepté à la condition que ma famille reste à Londres et que je fasse des allers-retours. Je ne voulais pas reproduire ce qui s’était passé lors de notre première expatriation.
Je passe alors d’un poste de directeur financier d’une filiale, très opérationnel, à un tsunami quotidien au siège du Groupe. Je travaille sur les problématiques stratégiques en lien direct avec le CFO et le CEO. Mon poste est très exposé, en interne comme en externe. Je suis sous une pression permanente, mais je découvre un métier très différent, passionnant… Ce fut le meilleur choix que j’ai fait dans ma vie professionnelle. Quelle chance ! Je remercie encore ceux qui m’ont fait confiance.
En 13 ans chez Danone, vous avez occupé cinq postes différents. Quels furent les deux derniers ?
Mon rôle à la tête de la communication financière a constitué un incroyable accélérateur. J’ai pu créer une relation de confiance avec les dirigeants du groupe et je pense aussi que je donnais satisfaction ! J’évolue ainsi ensuite comme directeur financier de la zone Afrique puis directeur du controlling groupe.
Je prends part aux décisions stratégiques, aux arbitrages du groupe, à ses grandes orientations. Avec le recul, je réalise à quel point ce sont des rencontres qui ont guidé mon parcours et que la confiance, la loyauté et l’exigence dans le travail ont été les éléments qui ont guidé mes choix et ont permis à ce que mes managers prennent des risques en me confiant des responsabilités à haut niveau. Je leur dois énormément. C’est à nouveau ce qui se passe quand, en 2021, je suis chassé pour un poste de directeur financier chez Maisons du Monde.
Pourquoi avoir accepté ce poste ?
Chez Danone, j’étais un collaborateur et un collègue de confiance mais des changements importants sont intervenus en 2021 et peu à peu des personnes clés ont quitté le groupe. J’ai alors rencontré une autre leader inspirante et je voulais me tester sur un poste de numéro 1 en ayant la pleine responsabilité du rôle de CFO. Si tout se passait bien chez Danone, j’ai réalisé que c’était aussi le bon moment pour prendre un risque mesuré et me tester sur ce niveau de responsabilités. Ce fut Maisons du Monde, cotée alors au SBF 120.
Que retenez-vous de cette expérience ?
Ce fut une expérience très riche, que j’ai vécue aux côtés d’une CEO qui m’a beaucoup apporté. J’ai pris toute la dimension de la fonction et engagé une transformation du métier Finance en parallèle du copilotage de la stratégie et des affaires. Le contexte économique post Covid puis la crise ukrainienne ont fortement complexifié l’activité dans un secteur sous tension. Ce fut un véritable challenge et une étape décisive.
Sans les fonctions occupées préalablement chez Danone axées sur le produit, la performance, la communication financière et la stratégie, je n’aurais jamais pu tenir le rôle.
En 2023, vous devenez CFO group de Savencia. Êtes-vous à nouveau chassé ?
Oui ! Et là encore je réponds favorablement à la proposition qui m’est faite. Plusieurs raisons à cela : je rencontre lors des entretiens des personnes formidables, qui défendent un projet à la fois singulier et authentique sur le plan économique et sociétal. C’est une entreprise familiale qui travaille sur un temps long me donnant l’opportunité de me projeter, de construire un projet financier et d’accompagner l’entreprise sur la durée. Autre raison : le secteur alimentaire me manquait et je suis, par ailleurs, très attaché aux marques ; c’est mon âme de commerçant peut être ! Je rejoins alors une entreprise cotée en bourse, qui pèse 8 milliards d’euros, et qui porte une véritable ambition pour le métier Finance.
Que vous évoque ce parcours ?
En évoquant mon parcours, je prends conscience que rien n’était déterminé à l’avance, chaque étape de ma carrière a construit celle d’après. J’ai saisi les opportunités et, encore une fois, j’ai eu beaucoup de chance, celle notamment d’avoir croisé des personnes extraordinaires dont certaines sont devenues de véritables amis. Aller à la rencontre des autres, c’est important dans une carrière, tout comme le fait de donner toujours plus afin de sortir de sa zone de confort. Il faut parfois prendre des risques pour mieux grandir et se développer.
Vos différents postes vous ont conduit à beaucoup voyager. Est-ce que c’est l’une des richesses de votre parcours ?
Je voyage moins qu’avant, mais je continue à me rendre sur le terrain et j’apprécie toujours autant d’être au contact des opérations. J’aime comprendre comment je peux impacter différemment, rechercher une meilleure performance, m’immerger dans d’autres cultures, travailler avec des personnes ayant des approches différentes des miennes…
Quels sont vos activités en dehors du travail ? Et qu’est-ce qui vous permet de faire redescendre la pression ?
Ma priorité, c’est ma famille et mes amis – dont bon nombre sont issus des trois années passées à Audencia. Nous sommes très soudés ! Et en cela, outre la qualité académique de l’école, Audencia a été déterminant dans ma vie. Je participe à des conseils d’administration d’entreprise, ce qui me permet d’observer d’autres environnements et d’apporter humblement mon expérience, je fais du mentoring auprès d’étudiants. Je pratique la course à pied et fais deux marathons par an ; c’est ce qui fait retomber la pression car dans ces moments-là, mon cerveau est ailleurs. J’ai également été entraîneur de rugby quand nous vivions à Londres, c’est devenu une passion – c’est un sport qui porte des valeurs qui me sont chères (respect, solidarité, esprit d’équipe, dépassement de soi) et qui nous réunit avec mes deux fils qui le pratiquent à un très bon niveau.
Quels conseils ou messages dispenseriez-vous aux étudiants d’aujourd’hui ?
Les mêmes que ceux que je donne à mes garçons : ne jamais cesser d’être curieux, d’apprendre et de cultiver son esprit critique, prendre des risques car c’est ce qui permet de provoquer la chance, oser tout en veillant à rester fidèle à soi-même et être avide de rencontres. Outre les titres ou la notoriété d’une entreprise, ce qui compte, ce sont les gens avec qui on travaille et le projet que l’on construit ensemble.